Rencontres · Septembre 2025
Des étoiles, jusque dans les yeux
Un spectacle de David Elbaz, et une soirée improvisée avec lui, Etienne Klein, et nos amis à la sortie de la Gaîté Montparnasse.
Cette rencontre est de celles qui vous tombent dessus sans que vous vous y attendiez, et c’est souvent ce qui en fait toute la beauté, un peu comme ces soirées improvisées qui sont toujours les plus réussies. Peut-être parce que c’est au naturel qu’on les vit, sans chercher à produire quoi que ce soit.
Quand le hasard file un coup de pouce
Un jour de septembre 2025, des amis me proposent d’aller voir le spectacle de David Elbaz, Dans les étoiles. Ils savaient que j’étais mordu d’astronomie, mais je ne savais pas qu’ils connaissaient l’auteur. Ses livres sont mon cadeau traditionnel de la part de ma mère, qui sait que je les dévore avec un immense plaisir. La plus belle ruse de la lumière reste pour moi un des plus beaux ouvrages que j’ai pu lire sur l’Univers. David Elbaz possède cette facilité à vulgariser les choses les plus complexes, qualité qui n’est offerte qu’aux gens qui ont parfaitement compris ce dont ils parlent.
Nous voilà donc partis pour son spectacle, direction la Gaîté Montparnasse.
Dans la file, notre amie Juliette me dit : « Il y en a un aussi que j’aime beaucoup dans ce domaine, c’est Étienne Klein, j’aimerais bien le voir. » La personne devant nous, cheveux grisonnants et foulard autour du cou, se retourne avec un léger sourire… Étienne Klein nous salue.
Léger rire gêné, sans raison, de notre part. Nous échangeons donc quelques mots.
Un spectacle scientifique et humain
Le spectacle de David Elbaz est aussi agréable que ses livres. Dans un format plus court, certes, mais on y retrouve cette facilité et cette humilité de l’auteur, alors que l’on pourrait se perdre dans l’immensité de sa connaissance. Un entracte est même prévu, où David se livre aux questions du public, sans fard, qu’elles abordent des aspects astrophysiques, métaphysiques ou religieux. Il ne se dérobe jamais, tout en sachant laisser chaque chose à sa place, chaque discipline dans son domaine. Rien n’est péremptoire, tout est humain.
La force de David Elbaz, c’est au final de placer l’humain dans toute cette discussion cosmique. Non pas au centre, erreur bien souvent faite par la science de penser que nous occupons une place particulière dans l’Univers, mais en observateur averti. La lumière, la plus belle ruse de l’Univers, permet à celui-ci de créer de magnifiques structures ordonnées, tout en respectant les lois de l’entropie. C’est un double cadeau qui nous est fait. De magnifiques structures se créent, et de plus nous avons la chance de pouvoir les contempler. Merci la lumière.
Un autre aspect fascinant développé par David est la similitude entre la façon dont l’Univers s’organise (grâce à cette lumière) et la structure d’un cerveau. L’« information de masse » circule sur ces grandes autoroutes que sont les filaments de la toile cosmique, reliant les grandes structures de l’Univers. Ces filaments alimentent les galaxies et participent ainsi à leur évolution.
David Elbaz sait mélanger avec naturel la physique, le voyage et l’humour, pour nous apprendre ainsi que chacun de nous possède des atomes de Néfertiti, Cléopâtre ou César.
Le message est fluide, on se laisse transporter avec bonheur dans cet Univers, pour en sortir avec un peu plus de recul sur ce monde. Ce recul nous invite à nous inscrire dans une globalité, dans un phénomène qui dépasse notre condition, mais, chose fascinante et déroutante, qu’il nous a été donné de comprendre. C’est bien dans ceci que réside un des vertiges de l’astronomie.
Une bière, des crêpes et l’Univers
À la sortie du spectacle, le hasard commence à se montrer suspect.
Dans la file de sortie, nous nous retrouvons à nouveau à côté d’Étienne Klein. Mon ami Antoine, tout naturellement, lui propose de venir boire une bière avec nous. Merci à toi, Antoine : ma timidité m’aurait fait passer à côté d’une des plus belles de ces soirées fortuites. Il accepte spontanément, et nous voici donc en train de nous installer au bistrot à la sortie de la Gaîté, en attendant David, qui nous y rejoint avec sa bonhomie et sa simplicité.
Cet enchaînement de situations me paraît alors surréaliste, et nous nous retrouvons ainsi à partager une bière et des crêpes avec David Elbaz et Étienne Klein.
J’ai alors, à ce moment-là, une pensée pour ma mère qui m’offre ses livres. Je suis comme un gosse dans un magasin de jouets à Noël. Ma femme et mes amis sont certainement moins gênés que moi, ils n’ont sûrement pas comme moi la crainte de passer pour des béotiens. Mais ces grands vulgarisateurs ont l’élégance de pouvoir échanger avec n’importe qui.
Je me jette alors dans la discussion et nous échangeons sur de nombreux sujets. L’espace évidemment, puis, de fil en aiguille, l’homme, la vie, le divin, l’éducation, le monde actuel… On aurait envie de parler de tout ce dont il est possible. La physique a raison, le temps est une relativité, il défile à vitesse relativiste dans ces moments-là.
L’échange est chaleureux, fluide, simple, apaisant. Une parenthèse de bonheur dans ce monde qui aurait plutôt tendance à nous tirer vers la médiocrité, alors qu’il n’a jamais été aussi riche de connaissances disponibles.
Des étoiles dans les yeux
Nous repartirons de cette soirée avec plus d’étoiles dans les yeux que lorsqu’ils sont collés à l’oculaire de mon télescope.
Ce soir, le ciel est totalement dégagé dans ma tête. Le seul nuage est celui sur lequel je suis assis.
Merci à David, Étienne, Antoine, Juliette et ma femme, Aurélie.
